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Paravent à la pinède
 
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Trésor national
Hasegawa Tôhaku
Paire de paravents à 6 panneaux
Lavis à l'encre de Chine sur papier
Chacun 156.8 x 356.0
Epoque d'Azuchi Momoyama (1573 à 1600) 16e siècle
Musée National de Tokyo
A-10471
Hasegawa Tôhaku (1539-1610) fait partie des peintres les plus réputés de l'époque de Momoyama (1573-1615), au même titre que Kanô Eitoku (1543-1590) et Kaihô Yûshô (1533-1615). Passé maître dans l'art des dégradés subtils à l'encre de Chine et des effets de lumière, Tôhaku dévoile ici son talent dans un chef-d'œuvre qui reprend, en la modernisant, la tradition chinoise des lavis (suiboku).

La scène qui recouvre les deux paravents est baignée de brume matinale. Sur celui de gauche, le bosquet de pins s'étire en continu jusqu'à la cime enneigée de la montagne à droite, tandis que sur l'autre, les arbres se font face comme pour se répondre, et leur inclinaison suggère un terrain accidenté. Le feuillage et le fond ont été brossés grossièrement à larges coups de pinceau. Dans la fraîcheur du brouillard, un promeneur solitaire qui s'aventurerait au cœur de ce bosquet, découvrirait peu à peu les silhouettes sombres des arbres et, au loin, la cime à peine perceptible d'une montagne. En effet, cette scène, empreinte d'une profonde sérénité où l'instant semble pouvoir se métamorphoser en éternité, illustre peut-être aussi le concept esthétique japonais du wabi, terme désignant un sentiment de langueur, de détachement et d'apaisement que l'on cherche à atteindre.

De nombreuses énigmes entourent cependant ce chef-d'œuvre. D'une part, les feuilles collées sur le paravent, qui forment le fond de la peinture, n'ont pas toutes le même format, d'autre part, elles se raccordent mal les unes aux autres. Par ailleurs, en certains endroits, les lignes qui indiquent la surface du sol, ne se suivent pas. Il semblerait qu'à l'origine, l'artiste ait cherché à figurer le bois de pins de manière bien plus oblique qu'on ne le voit sur les paravents tels qu'ils sont montés de nos jours. Enfin, les deux sceaux "Hasegawa" et "Tôhaku" apposés à chaque bord extérieur des paravents ne sont pas ceux généralement utilisés par le peintre... Autant d'anomalies qui ont fait dire que l'on est peut-être en présence d'une ébauche. Une autre thèse avance que ces peintures auraient initialement été exécutées sur des portes coulissantes (fusuma) et ultérieurement reprises pour des paravents. Certes, le sujet de l'œuvre illustre les thèmes à la mode des paysages de montagnes et des peintures de saisons, dans la lignée des Paravents de pins sur le rivage de Yûshô par exemple, mais la composition murale de Tôhaku intègre - chose rare dans la tradition picturale japonaise de l'époque - une volonté de représenter avec fidélité la nature et une exceptionnelle maîtrise de la technique du lavis - deux éléments que l'artiste, formé à l'école de la peinture chinoise des Song du Sud (1127-1279), a découverts en étudiant les œuvres du moine peintre zen Muxi (1210-1275) qui l'ont fortement influencé.